Rencontre entre Joël Toulemonde, Président du groupe Verywear, et Claude Marquis, fondateur d’Asmodine

Publication du 11 juin 2018

par Eva Daré.

Monsieur TOULEMONDE, Pouvez-vous nous expliquer votre parcours et ce qui vous a poussé à travailler dans le secteur du textile ? 

J’ai démarré ma vie professionnelle dans le textile il y a presque 40 ans maintenant au démarrage de Kiabi. C’était à la fois la combinaison du métier de distributeur et du métier textile. Tous ceux qui travaillent dans le textile, bien souvent ils y restent, c’est un métier qui est très vivant, qui est sans cesse stimulé par la mode et son renouvellement.

J’ai fait des parenthèses dans d’autres métiers, mais j’y suis revenu en 1989. J’ai rejoint le groupe Camaïeu pour créer Camaïeu homme, et j’ai rejoint l’entreprise Devianne en 1999. Mon vécu textile se fait au travers de ces trois enseignes. Le bonheur c’est à la fois la combinaison du métier de commerçant, qui est un métier très vivant, et le métier du textile, qui lui aussi est très vivant. C’est un métier qui a été relativement facile pendant de nombreuses années, qui est un petit peu plus difficile depuis dix ans maintenant. Mais, on y trouve toujours de la saveur.
En 2009, le groupe Devianne devient Verywear. Quelles grandes transformations avez-vous effectuées dans l’entreprise suite à l’acquisition de ce groupe ?
 
L’entreprise a pris le nom de Verywear, parce qu’au travers de différentes acquisitions on a gardé des enseignes avec des noms différents, qu’en plus on a complété avec des métiers différents de ceux du retail, puisqu’on a une activité B2B.
Il était assez logique d’avoir un nom corporate pour fédérer les équipes autour d’une même vision. C’est pour ça qu’on est devenu multi-enseignes, multi-canaux. Nos marques sont distribuées en dehors de nos propres magasins, et c’était logique d’avoir un nom corporate qui finalement, commence à s’installer un petit peu dans le paysage.
Le marché textile a longtemps été en déclin, mais le groupe Verywear semble bien se porter. Quelle est la clé de cette longévité ?
 
Le marché textile est durablement en déclin, parce que le pouvoir d’achat des ménages est arbitré en fonction d’autres priorités. Il y a deux dimensions : il y a la part de consommation des ménages en textile qui est inéluctablement en baisse, comme l’alimentaire d’ailleurs depuis fort longtemps, et après, le marché en lui même qui est structurellement en baisse compte tenu de l’augmentation des surfaces commerciales qui ont été depuis vingt ans très importantes.
L’entreprise, qui a 130 ans, est résiliante. Elle s’adapte. Il y a deux facteurs objectifs à cette capacité d’adaptation. Quand on est multi-marques, on peut faire évoluer notre offre en fonction des inspirations des clients, sans faire vieillir l’enseigne. Et le deuxième facteur c’est qu’on a un très haut niveau de service, et donc une forte fidélisation.
L’entreprise n’est pas très performante, mais elle est très résiliante, c’est ça sa force. Ce qui est assez original dans le métier du textile, où vous avez des entreprises qui flambent et qui tombent aussi vite. Donc on s’est transformé. En ce qui nous concerne, on a des marques privatives, comme C’est beau la vie ! ou Cambridge qui se sont très fortement consolidées parce qu’on a une activité B2B qui est très importante.
On s’est transformé en renforçant la force de nos marques, et surtout grâce au digital. On était très en retard et avec l’acquisition de Des marques et vous en 2005, on a repris un coup d’avance. Et aujourd’hui on est assez « up to date » avec le meilleur des deux mondes, puisqu’on offre un très haut niveau de service, et on a un site internet qui est tout à fait compétitif et qui est bien référencé.
Il y a vingt ans, quand je suis arrivé, les marques nationales ne voulaient plus travailler avec nous, et aujourd’hui elles se précipitent pour travailler avec nous. Les marques ont quand même un pouvoir de séduction sur les consommateurs. Notre sujet c’est de rapprocher le consommateur des marques. On choisit les meilleurs produits dans les meilleures marques, et on offre des dispositifs de distributions, en magasin, par le web, en B2B, les plus efficients possibles en terme de compétitivité et de service.
Le Nord de la France est une région historique dans le domaine du textile et de la distribution. Quelle est votre vision du commerce omnicanal dans le domaine du textile ?
 
Soit vous êtes une enseigne où le client fait tous ses achats, soit vous êtes une marque, et la marque il faut qu’elle soit diffusée. Les vingt dernières années les marques ont ouvert de nombreux magasins, elles sont descendues dans les petites et les moyennes villes, et la consommation étant ce qu’elle est, la multiplication des surfaces commerciales étant ce qu’elle est, il y en a beaucoup qui se trouvent en difficulté. Il y a beaucoup de marques qui gagnent très bien leur vie grâce à leur savoir faire de marque.
Si on se projette dans le futur, on va avoir des consommateurs qui veulent des marques, et qui vont pouvoir toucher ces marques par Amazon, par Vente-Privée, par un certain nombre de diffuseurs qui mettent en valeur la marque et qui offrent un service plus ou moins bon, plus ou moins accessible.
Nous, notre choix est simple : on a des clients qu’on connait bien, on a un bon savoir faire sur des clients qui veulent avoir un bon niveau de service. Pour ces gens là, on leur offre beaucoup de choix grâce à internet, beaucoup de service dans nos magasins, et la fluidité entre les deux.
On fait depuis trois ans ce que voudrait faire les Galeries Lafayette et La Redoute, et qu’ils viennent d’amorcer. On le fait très modestement, à notre dimension, mais je crois qu’on le fait pas trop mal !
En succursale nous avons 80 magasins, 40 Devianne et 40 Julie & Co, et en multi-marques on a 1000 points de vente. Donc c’est une entreprise assez originale, je ne pense pas qu’il y ait des équivalents. Vous allez trouver des marques comme Esprit, qui se vendent en magasin, en multi-marques et qui sont un label de marque, mais c’est un système fermé.
On essaie d’avoir un éco-système ouvert.